Gare de Mont-Laurier

 

Histoire

Il y a 100 ans, en septembre 1909, un premier train entrait en gare de Mont-Laurier. Le curé Antoine Labelle de Saint-Jérôme avait mis la construction de cette voie ferrée au cœur de son projet de colonisation du Nord. Les rails atteignaient Saint-Jérôme en 1876, Sainte-Agathe en 1884 et la Chute-aux-Iroquois rebaptisée Labelle en 1893. Leur prolongement vers Nominingue, Ferme-Rouge, Maniwaki et le Témiscaminque tarde toutefois après le décès du "roi du Nord".

Le projet est relancé avec l'arrivée du jeune curé Alphonse Génier à Rapide-de-l'Orignal en 1901; fort des requêtes signées par ses paroissiens s'échelonnant de la Ferme-Rouge à la Ferme-Neuve, il multiplie les rencontres avec députés, ministres et premiers ministres, avec les présidents du chemin de fer du Nord et du Canadien Pacifique. Un premier prolongement atteint l'Annonciation en 1903 et Nominingue l'année suivante.

Le curé de Notre-Dame-de-Fourvière avance maintenant que l'importance de la colonisation en Haute-Lièvre et en Haute-Gatineau commande un nouveau tracé du chemin de fer et le déplacement du chef-lieu des cantons du Nord vers sa paroisse... Au Nominingue sur la Rouge, la crainte s'accentue de voir terminus ferroviaire, chef-lieu judiciaire, Palais de Justice, Évêché et Séminaire classique s'implanter sur la Lièvre. Afin d'avoir gain de cause, le torrentiel Génier fait fi des critiques et travaille à la victoire du parti libéral tant à Québec qu'à Ottawa...; astucieux, il parle de rebaptiser son village du nom de Mont-Laurier pour rendre hommage au premier francophone à devenir premier ministre du Canada.




Ses efforts portent fruit : en février 1907, les arpenteurs gouvernementaux sont à l'œuvre afin de déterminer le meilleur tracé pour une voie ferrée entre Nominingue et Rapide-de-l'Orignal. Mandataire de ces travaux de prolongement, la compagnie Toronto installe ses quartiers près de la petite rivière Saguay et engage 200 hommes au salaire quotidien de $ 1.60 avec repas. Les conducteurs de chevaux doivent être expérimentés car les lourdes charges de gravier, de rails et de traverses sont placées sur des wagons tirés par quatre chevaux. En Haute-Lièvre où le curé demande aux hommes "de travailler au chemin de fer plutôt qu'aux chantiers", les entrepreneurs Chasles et Trudeau achètent foin et avoine pour nourrir les nombreux chevaux dont certains arrivent du Montana par train. Les travaux vont bon train pendant deux ans; tour à tour les rails atteignent les stations de Loranger, Campeau, Hébert, Routhier et Brunet au sud du lac des Écorces. La voie longe ensuite la rive droite du ruisseau Villemaire pour venir s'arrêter dans le bas-du-village à Rapide-de-l'Orignal.

Le premier train atteint la Lièvre, le mercredi 15 septembre 1909. Accompagnant l'ingénieur McCulloch, responsable des travaux, le curé Génier est à bord et il a suggéré que la nouvelle gare porte le nom de Duhamel pour rendre hommage à l'archevêque Thomas Duhamel d'Ottawa qui a intensément œuvré à la colonisation du Nord. Deux mois plus tard, le 15 novembre, naîtra la corporation municipale de Mont-Laurier : le quotidien La Presse parle alors... «de ses 2 500 habitants, de ses magnifiques pouvoirs d'eau, de son sol très fertile pour l'élevage, de ses industries : Eagle Lumber, Scierie et Fonderie Mont-Laurier, Briqueterie Rapide-de-l'Orignal... et de son chemin de fer qui se prolongera bientôt jusqu'à la Baie James...»

La nouvelle gare est confiée à Hermas Lamarche, 20 ans, le fils du chef de gare de Trois-Rivières, qui y installera sa petite famille; sociable, le jeune chef de gare deviendra Grand Chevalier-fondateur des Chevaliers de Colomb, un poste qu'il occupera pendant un quart de siècle.

La voie ferrée s'avère rapidement un atout de grande importance pour l'industrie forestière; on compte bientôt plus de 120 moulins à scie stationnaires et portatifs dans un rayon de 60 kilomètres de la gare Duhamel. Tout le bas-du-village devient une vaste cour à bois où flotte sans cesse une odeur de résine; bois de construction, portes et fenêtres, bois pour planchers et meubles, bois de chauffage, poteaux pour lignes électriques et téléphoniques, traverses de chemins de fer s'y empilent avant d'être chargés dans des wagons ferroviaires pour être acheminés vers Montréal.


Comme le montre les photos plus bas, la gare de Mont-Laurier abrite aujourd’hui un bistro.


Sources : La Société d'histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides